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Tribute to
Francis Jourdain

pionnier de la modernité
du 16 juin au 28 juillet 2023

Pionnier de la modernité

Proche des milieux artistiques, engagé politiquement, avant-gardiste, peintre, écrivain, décorateur, architecte d’intérieur ; les qualificatifs ne manquent pas pour tenter de définir Francis Jourdain. ‘Pionnier’ est peut-être le terme le plus employé pour résumer l’œuvre et la vie de cet artiste pluridisciplinaire, constamment en avance sur son temps. Mais, l’avant-gardisme de Jourdain est à envisager de manière complète, « tellement [l’artiste] domine de son originalité les recherches les plus efficaces entreprises dans le domaine de l’architecture intérieure, du mobilier et des objets d’usage, durant des années qui furent décisives pour l’art français, tant en ce qui concerne les idées que les œuvres », comme le rappelle Léon Moussinac.

Créateur d’objets quotidiens

Dans ses intérieurs « démeublés », constitués de mobilier simple et fonctionnaliste, Francis Jourdain laissait tout de même s’exprimer la fantaisie et un goût pour les couleurs, « une fois les fonctions remplies et les besoins satisfaits ».  Pour ce faire, il conçut divers objets quotidiens, tels que des luminaires, rideaux, tapis, céramiques ou papiers peints – tous marqués par leur polychromie, leur forme simple et leur modularité – qu’il commercialisait dans ses boutiques, et qui peuplèrent ses appartements. Jourdain avait à cœur de créer des « objets raisonnables », qui ne s’apparenteraient pas à des œuvres d’art inabordables. Plus tard, cette idée novatrice débouchera, dans le cadre de l’UAM, à l’exposition « Formes Utiles » de 1949-1950 au Musée des Arts Décoratifs.

L'OEUVRE CÉRAMIQUE

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Parmi les objets quotidiens créés par Francis Jourdain, la céramique occupe une place prépondérante. Les pièces qu'il réalise sont toutes des terres vernissées198 décorées d'émaux aux couleurs marquées. Leur forme simple est souvent accompagnée d'un décor plus complexe, caractérisé par des motifs géométriques. En cela se traduit une certaine influence du cubisme alors prégnant dans l'art pictural de l'époque. Autres membres fondateurs de l'Union des Artistes Modernes, René Herbst (1891-1982) et Robert Lallemant (1902-1954) réaliseront également des céramiques répondant à ces caractéristiques ornementales. 

BOIS & MODERNITÉ

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« Ce qui pendant longtemps, au temps du dogmatisme, a remisé l’œuvre de Francis Jourdain dans les placards d’un artisanat début de siècle mal dégagé des influences Arts and Crafts et Art nouveau, c’est cet usage constant du bois, des bois. La modernité ne pouvait être associée qu’à ses matériaux emblématiques que sont le fer, le verre, le caoutchouc, en quelque sorte aux matériaux « techniques ». Mais l’usage que fait Francis Jourdain du bois n’est pas passéiste. D’abord il les utilise tous, les plus simples comme les plus précieux : sapin, chêne clair, foncé, frêne, acajou, zingana, érable, sycomore, ébène de Macassar… Ils sont peints parfois, de couleurs franches, des bleus, des rouges, des orangés, ou laissés dans leur plénitude en jouant sur les alliances de veines produisant un effet « décoratif » certains ne devant rien à l’ornement mais révélant, au contraire, la justesse de l’effet recherché par l’utilisation vraie de matériaux vrais. Les leçons de Loos ont été retenues et appliquées. Il s’agit bien d’art appliqué ; et sans insister trop sur un jeu de mots qui peut sembler facile, il s’agit également d’art impliqué. »

Source : Arlette Barré-Despond in Francis Jourdain, Un parcours moderne 1876-1958 – Catalogue de l’exposition itinérante, Éditions Somogy, Paris, 2000, p. 57.

DÉMEUBLEMENT & MODERNITÉ

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Dès 1922-1923, les créations de Francis Jourdain sont marquées par encore plus de simplicité et ses intérieurs se « démeublent » progressivement. Naît ainsi son concept de démeublement, qui voudrait que l’on puisse « aménager très luxueusement une pièce en la démeublant plutôt qu'en la meublant », portant au rang de décorateur d’avenir « celui qui saura s’en tenir aux éléments strictement nécessaires ». Semble là être prononcé le crédo des intérieurs modernes qui suivront, faisant de Francis Jourdain un précurseur de la modernité. Less is more. 
L’aménagement des appartements de Robert Draeger et de René Gas datant de cette période montre des pièces de mobilier aux lignes simples, et disposés dans « une atmosphère d’ordre, d’espace et de
lumière ». 

Source : René Chavance et Denis Doria in Francis Jourdain, Un parcours moderne 1876-1958 – Catalogue de l’exposition itinérante, Éditions Somogy, Paris, 2000, p. 86. 

LES LEÇONS DE LOOS

Francis Jourdain UAM Buffet à corps quadrangulaire en frêne et placage vers 1920-1923 emma

Collaborant régulièrement avec Georges Besson (1882-1971), fondateur de la revue ‘Les Cahiers d’aujourd’hui’ (1912-1924), Francis Jourdain fut à l’origine de la publication dans cette même revue, en juin 1913, d’un extrait d’ ‘Ornement et Crime’ (1908), texte fondateur d’Adolf Loos (1870-1933) reconnu comme source essentielle des idées du Mouvement Moderne. C’est donc à Jourdain que revient le mérite d’avoir mis en avant les théories de l’architecte viennois au sein des milieux artistiques français. Ces théories étaient avant tout en adéquation avec ses propres idées et conduisirent à la création de ses « meubles interchangeables » et son concept de « démeublement ». L’essai de Loos, qui condamnait fermement l’ornement – pour lui synonyme de sacrilège – inspira Jourdain dans la création d’un mobilier fonctionnaliste, aux lignes simples et épurées, qui se distinguait de l’esthétique Art nouveau encore en vigueur. En 1920, Le Corbusier (1887-1965) s’intéressera à son tour aux écrits du viennois, dont il publia également des extraits dans la revue ‘L’Esprit Nouveau’ (1920-1927), qu’il avait fondée avec Amédée Ozenfant (1886-1966) et Paul Dermée (1886-1951). Les théories de Loos lui servirent alors d’appui pour la défense d’une architecture moderne dégagée des styles historiques, qu’il contribua à rendre célèbre.

Source : Arlette Barré-Despond – Jourdain – Éditions du Regard, Paris, 1988, p. 241-247.

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