
du 2 septembre au 20 décembre 2024


Au début des années 1920, la maison Daum Nancy s'illustre par une production d'une grande originalité, faite de verreries aux lignes épurées et aux décors réalisés par applications. Cette période représente un tournant majeur dans l’esthétique des créations de la maison – celle-ci abandonnant les formes et décors classiques de l'Art Nouveau, largement diffusés, pour embrasser les lignes de ce qui deviendra l'Art Déco.
Les œuvres de cette série se distinguent par leur apparente simplicité, la transparence de leur matière et le recours à un décor épuré, aux contours noirs marqués, qui rappellent l’esthétique de la mode et du design d’alors, à l’instar des créations de Paul Poiret (1879-1944) ou encore de Paul Iribe (1883-1935). Ces pièces, bien que restant fidèles au goût de Daum pour les motifs floraux et fruitiers, les réinterprètent de manière stylisée et géométrique. Loin des décorations foisonnantes et colorées de l'Art Nouveau, elles témoignent d’un processus créatif plus radical, où la matière, moins ornée, est mise en valeur dans sa pureté, et s’inscrit dans une démarche plus sobre et plus moderne.
Le travail de l’application à chaud, technique complexe et délicate, reste l'une des plus hautes expressions de l’art verrier. Contrairement à d'autres matériaux comme la céramique, le verre n’est manipulé que lorsqu’il est encore malléable, ce qui impose une maîtrise parfaite du processus de chauffe et de manipulation. L'ajout d’applications sur une pièce déjà formée nécessite des réchauffages successifs et un assemblage précis, des conditions qui rendent ces créations particulièrement rares.
Cette série, des plus abouties, incarne le moment de transition entre deux grandes périodes artistiques : l’Art Nouveau, qui s’essouffle après la guerre, et l’Art Déco qui émerge dans les années 1920. Si ces pièces ne sont ni entièrement Art Nouveau ni encore pleinement Art Déco, elles posent les bases de ce que sera la modernité, en harmonie avec l’esprit Art Déco Couture qui émerge à l’époque – avec lequel elles partagent raffinement et simplicité.
Déjà très rare au moment de sa création, cette production l’est encore plus aujourd’hui en raison des aléas du temps et de la préservation de ce type de pièces extrêmement fragiles. Peu de musées conservent des œuvres de cette précieuse série – c’est le cas du Musée des Arts décoratifs de Paris ou du Musée des Beaux-Arts de Nancy. Aussi, l’ensemble présenté ici se démarque par sa préciosité et par la rareté d’une telle réunion.
